Economie sociale de marché en RDC

Le rêve inachevé de L.D. Kabila – Dès son accession au pouvoir le 17 mai 1997, Laurent-Désiré Kabila a rêvé de rebâtir l’économie congolaise sur le concept de l’économie sociale de marché. Sa mort en janvier 2001 a mis fin à ce projet, replongeant la RDC dans le cycle du libéralisme économique. Arrivé au pouvoir le 17 mai 1997 à la suite de la marche triomphante des troupes de l’Alliance des forces démocratiques pour la libération (AFDL), Laurent-Désiré Kabila (LDK), appelé affectueusement M’Zée Kabila, n’a pas pu concrétiser son rêve de faire de la République démocratique du Congo un grand pays au coeur de l’Afrique.

Dans son programme économique, LDK s’est appuyé sur le modèle économique allemand bâti essentiellement sur le concept de l’économie sociale de marché.

Placé en tête de ce qu’il a appelé lui-même «un conglomérat d’aventuriers», M’Zée est paru n’avoir pas été compris par les siens. Sa mort brutale le 16 janvier 2001 a laissé presqu’inachevé son rêve économique, celui de la relance économique par l’économie sociale de marché. Qu’est-ce alors ce concept de l’économie sociale de marché ?

En effet, l’économie sociale de marché (Soziale Marktwirtschaft, en allemand) est un système économique, mis en place en Allemagne de l’Ouest et en Autriche pendant la Guerre froide, fortement inspiré par l’ordolibéralisme.

Première nation occidentale à l’expérimenter, en Allemagne, ce modèle a été institué par Ludwig Erhard, alors ministre de l’Economie de la RFA sous le chancelier Konrad Adenauer. Erhard est conseillé par les ordolibéraux, qui attribuent la montée du nazisme à l’inflation.

Les ordolibéraux identifient également la cartellisation et le contrôle étatique de l’économie comme facteurs d’avènement du totalitarisme. Le nom que les ordolibéraux donnent à leur doctrine est l’économie sociale de marché, qui assume l’idée que le libre-marché est naturellement social.

Ce système s’oppose à l’économie planifiée et se démarque d’une économie de marché complètement libre et de l’économie mixte.

Il cherche à obtenir et maintenir à la fois une croissance élevée, une faible inflation, un faible chômage, de bonnes conditions de travail et une protection sociale.

Bien que controversé au départ, ce modèle s’est imposé en Allemagne comme en Autriche, et partout ailleurs dans le monde occidental.

On lui attribue le «Wirtschaftswunder» (en allemand miracle économique) de ces pays lors des Trente Glorieuses – cette époque de boom économique qui a suivi la fin de la deuxième guerre mondiale.

PROJET «MORT-NE»

Comme avec l’Allemagne au sortir de la deuxième guerre mondiale, M’Zée Kabila pensait s’appuyer sur ce concept pour reconstruire l’économie congolais d’après guerre de libération.

Il avait, certes, des idées – tout aussi novatrices qu’ambitieuses – mais il a manqué malheureusement des hommes pour l’accompagner dans son oeuvre.

Incompris à maintes égards par ses compagnons de lutte, M’Zée s’est donc retrouvé seul à défendre son concept, et même, à l’appliquer.

Le concept a connu un début d’application, un peu timide certes. Puis, ce fût le chaos lorsqu’éclate dès août 1998 la deuxième guerre de l’Est, concomitamment à la rébellion de l’Equateur conduite par le Mouvement de libération du Congo de Jean-Pierre Bemba.

L’effort qui s’ensuivra n’a pas permis à ce concept de résister aux diverses pressions de l’époque. Le projet de bâtir au coeur de l’Afrique une économie sociale de marché s’avérera par le site comme un projet «mort-né».

Aujourd’hui, la RDC a fait un virage en 180°. C’est notamment lorsqu’elle s’est tournée dès 2001 vers les institutions de Brettons Woods (FMI et Banque mondiale), balayant d’un revers le choix économique de M’Zée.

Le pays vit dès lors au rythme du libéralisme économique ; un libéralisme parfois aveugle qui implose au pays des mesures d’austérité agissant exclusivement sur la demande.

Qu’en est-il alors de la relance ? C’est l’équation que tente depuis 2001 de résoudre les autorités économiques, c’est-à-dire comment concilier la nécessité d’une restriction de la demande à l’impératif de la relance de l’économie nationale.

Le Programme quinquennal du gouvernement 2012-2016, adopté tout récemment par l’Assemblée nationale, se propose de pénétrer ce mystère pour un nouvel élan de l’économie de la RDC.

Par Faustin Kuediasala





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